Mon mari a évité soigneusement de lire les textes sur K. Il l'a rencontrée bien sûr, elle ne l'a pas marqué plus que ça. Lui qui me connaît depuis avant et après ne me retrouve pas dans ce passé doux amer. Ce n'est pas toi que je lis là. Non ce n'est pas le moi d'aujourd'hui, ni celui de demain. C'est une image de métamorphose, figée comme toutes les images. Et tout ça manque d'action paraît-il...
Vouxs en voulez de l'action ? Je vais vous en donner. A la vitesse d'un escargot sous speed. Cet été-là, je me retrouve sans ami, sans famille (ils font la guoule forcément), sans argent (sinon ce serait trop simple) et sans avenir. Une jolie combinaison d'autant qu'il pleut des cordes en région parisienne. C'est bien ma veine en plein réchauffement de la planète, il fait froid à Paris l'été. Heureusement je travaille à la SNCF. Je ne plaisante pas. J'ai droit à un billet aller retour réduit en France. Je choisis d'aller passer une semaine de camping chez un très bon ami à la Rochelle. L. est un chic type super loyal qui a le défaut de ses qualités. Il s'est entiché de son copain de chambrée du service militaire et le traîne partout. J.M. est un boulet, un vrai. Très laid et infiniment moins intelligent qu'il ne le pense (ce qui nous mène dans des abysses de bêtise croyez-moi). Quand je l'ai vu sur le quai de la gare (avec deux heures de retard, en pleine francofolies, j'ai failli me faire dépouiller trois fois), j'ai su que j'allais passer les pires vacances de ma vie.
C'était plus qu'une prémonition, c'était une évidence. Nous filons à Royan pour y camper. Je déteste le camping. J.M. est comptable (il travaille en région parisienne je plains la boîte qu'il l'a embauché), nous faisons donc caisse commune pour les vivres. Je mettrais quelques heures à comprendre qu'ils ont l'intention de manger liquide. Première bagarre au milieu des tentes pas montées. Je récupère à peine de quoi acheter un sandwich et je dois tenir 4 jours avec ça. Je pars dormir sur la plage plus confortable que le camping et m'y endors tout l'après-midi sous un ciel couvert. Il pleut aussi ici, il paraît que c'est inhabituel... Les deux autres andouilles filent regarder les filles et m'oublient. Je me réveille brûlée sur le dos. Visiblement y'avait des éclaircies entre les nuages... Le soir furieuse, affamée et endolorie, je rejoins les autres zigotos qui ont dégotés deux néerlandaises pour passer la soirée. Ils n'ont pas vraiment besoin de moi normalement mais aucun des deux ne comprend un mot d'anglais, je fais la traductrice. Très édulcorée hein la traduction vu que tout le monde fume. En effet, les deux gamines (de 17 ans) n'ont quasiment aucun vêtement de rechange, elles n'ont que leurs vélos et deux sacs à dos remplis d'herbe. Elles pratiquent le troc m'expliquent-elles. J'ai toujours aussi faim et pendant que les deux nigauds ricanent en baragouinant un idiome inconnu jusque dans les plaines tamoules, je bois un peu de tout ce que je trouve. Au moins ça tient chaud. Fume plutôt me disent les filles, c'est plus sain. Cette soirée fait partie de celles que j'aimerais oublier pour le restant de mes jours. Si. Vraiment. Inévitablement à boire sans soif on se laisse tenter et me voici chargée jusqu'aux oreilles. Juste le bon moment pour découvrir que je fais partie des heureux élus qui sont allergiques au THC. J'ai cru mourir. Je me suis perdue dans une impasse, j'ai essayé de m'envoler pour rejoindre Dracula et mis des bouchons de pelouse dans mes oreilles pour ne plus entendre les fleurs pousser... Quelques heures plus tard, enfin, mes deux amis me rattrapaient me balançaient dans ma tente (j'ai bien entendu qu'ils m'insultaient même s'ils ont juré le contraire par la suite). Mon dos se rappelant à mon bon souvenir, j'ai cru bon de me mettre de la Biafine pour calmer la brûlure. J'avais retrouvé mes esprits me direz-vous, pensez-vous, mes esprits oui mais pas la vue. Je me suis donc enduite de crème dépilatoire et couchée heureuse de trouver enfin un sol qui ne bougeait plus. Je pense que tout le camping se souvient de la folle qui est sortie en hurlant de sa tente en criant au feu poursuivie de deux ivrognes armés de bouteilles d'eau tentant de l'aider. Si vous avez assisté à la scène merci de rester anonyme... Ami lecteur jeune crois-moi, toute substance psychotrope est mauvaise pour le moral.
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