Nous ne parlons que de ça, ne vivons plus qu'au travers de ça me disait Olivier lors d'un dîner où tout le monde échangeait ses impressions sur sa nuit de peur. Certaines histoires étaient très drôles comme ce père de famille apparemment raisonnable qui refusait de lâcher sa télé plasma achetée la semaine passée. Quand on y pense à quoi sert une télé sans électricité ? Mais il est vrai que nous avons du mal à tourner la page. Chaque nouvelle secousse réveille une angoisse et si le mouvement ne s'arrêtait pas ? Si de nouveau la maison se mettait à sauter de plus de 10 centimètres en hauteur pendant deux minutes ? Et si et si.
Bien sûr, nous racontons sans les enfants qui ont eu droit à leur propre cession de thérapie sur le sujet. Dessins, discussions, exercices de sécurité ils sont bien préparés et jouent tranquillement au milieu des adultes souvent nerveux. Maxence s'est dessiné tout souriant sous une pluie d'objets. Il rit quand on en parle. Avec tout ça, nous sommes presque passés à côté de sa rentrée. Il est très enthousiaste quant à sa nouvelle école et se lève enchanté le matin. Il a beaucoup progressé en français avec la visite familiale et son petit accent chilien m'émeut. Comme sa soeur au même âge, il a dans l'oeil une petite lueur provocatrice qui s'allume avant de faire une bêtise. Comme de m'enfermer sur la terrasse et de fouiller dans mes affaires en faisant de petits coucous pour répondre à mes cris. Ou de sortir le contenu de nos sacs tous les jours. Ou d'arroser tout seul les fleurs. Il a bien remarqué une baisse de notre attention et s'est engouffré dans la brèche. Il est temps que nous nous ressaisissions avant qu'il ne s'imagine que nous sommes d'accords avec ses agissements !
Eloïse entrée dans l'adolescence s'enferme dans sa chambre, lit (oui elle lit), et joue au club pingouin avec le même acharnement que son père pour WOW. La gerbille qui était en état de choc le soir du séisme a retrouvé sa santé mais tressaute désormais à chaque bruit. J'observe ma fille grandir, devenir un chouia plus ordonnée et s'apaiser avec soulagement. La psy nous a confirmé qu'elle allait bien. Si tout suit ainsi nous devrions arrêter la thérapie à la fin de l'année. j'ai pris la résolution de laisser couler davantage les choses soulagée simplement d'être en vie avec un toit. j'essaie donc de ne pas répondre à son insolence mais elle tente un peu trop sa chance en ce moment, et je vais certainement devoir le lui signaler
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