Aujourd'hui, j'en ai après Hergé. Il nous a dessiné un profil de journaliste hautement préjudiciable à l'ensemble de la profession. Désormais dans l'esprit des gens, un journaliste c'est un gars sympa qui vit de l'air du temps aux crochets d'un vieil excentrique châtelain et qui écrit ses articles tout en s'amusant. Ba tiens.
Du coup, on a tous en nous quelque chose de Moulinsart et écrire devient le vieux fantasme rarement assouvi d'un grand nombre de personnes. Heureusement y'a les blogs pour ça. Et des publications sournoises qui se disent qu'avec tous les amateurs rédacteurs de part le monde faire vivre une rédaction et vendre de la publicité c'est vraiment facile. Sûr, super facile. Résultat vous avez du contenu pas cher mais qui le vaut bien. Hier, je cherchais de informations ur des gadgets utiles durant un vol long courrier. Je suis tombée (et j'ai eu mal) sur un site canadien d'informations qui, entre autres, recommendait des jumelles d'ornithologue miniatures (oui en très haute altitude vous croisez un grand nombre d'oies sauvages paumées) et un sèche-cheveux hyper pliable (parce qu'à chaque vol vous filez vous lavez les cheveux dans les toilettes de l'avion, c'est l'endroit rêvé). J'ai eu pitié du pauvre gars qu'on a collé devant son clavier, chargé de pisser de la ligne peu importe la pertinence. J'ai eu pitié parce que je l'ai fait, c'est absurde. Plus personne ne fait le pari de la qualité ou de l'enquête. Nous sommes dans le règne du coup de gueule ou de l'opinion. Ce qui peut être très intéressant sur un blog mais qui ne constitue pas une information. Loin de là.
La dernière fois que j'ai cherché du travail de journaliste, la mode était aux articles gratuits pour donner un aperçu de son style aux recruteurs. Au début, j'ai joué le jeu et je me suis lassée. Il existe de multiples façons de recruter un jounaliste. Une entreprise qui n'en est pas capable ne sera jamais une publication. Au mieux, elle vendra de la pub, les écrits ne serviront qu'à dissimuler le vide intersidéral de son écran. J'ai cessé de perdre mon temps. Et ce matin, j'ai reçu un mail que je considère à la limite de l'insulte. Encore une plateforme de blogs qui veut attirer de l'audience. Elle cherche donc des blogueurs "influents" pour donner des nouvelles du monde. La section Chili est assez pauvre et imaginez-vous qu'ils ont trouvé mon blog intéressant. Mais, il a toujours un mais, il suffit de lire jusqu'au bout, ils ont peu de moyens. Là c'est le moment de renoncer une plateforme qui n'a pas les moyens de payer son contenu est un vendeur de tapis virtuel, ils se foutent de votre style, ils achètent le contenu à la tonne sans plus. Donc ils me proposent le deal de l'année. Tu m'étonnes. Je leur écrit des textes intéressants en Anglais académique couvrant l'actualité chilienne (avec photos si possible ?) et ils me payent 4 dollars par texte accepté. Oui accepté, ce sont des gens sérieux, ils contrôlent ce que vous faites. 4 dollars ils ont du confondre le Bouthan avec le Chili. Non, non rassurez-vous, quelques lignes plus tard ils m'affirment que c'est peu mais que parfois ils incluent un bonus. Mais ils savent que je ne fais pas cela pour l'argent mais pour la gloire. Rendez-vous compte que j'aurais en échange 2 millions et demi de lecteurs mensuels. Le début de la reconnaissance. J'ai perdu beaucoup de temps ces dernières années avec des projets mirifiques internet qui n'ont jamais vu le jour. Je commence à connaître le discours par coeur. Quitte à ne pas tirer un peso de mon blog, je préfère écrire en Français sur ce qui me chante.
Alors voilà ce que j'ai répondu : if you pay peanuts, you get monkeys.
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