Tout ce temps, je me suis retrouvée face à une mission que je n'aurais jamais pensé pouvoir assumer. Aider une amie à vivre la mort de sa mère. La pauvre femme infirmière spécialisée en cancérologie a tout de suite compris qu'elle n'avait aucune chance face au cancer généralisé qui la dévorait. Elle a décidé pleinement consciente de ne pas suivre de traitement et de laisser la maladie suivre son cours. Les médecins lui donnaient un an, elle a tenu un mois de plus que prévu. Elle avait vu juste sur la gravité de son cas mais pas sur la gravité de sa décision. Alors même qu'elle cotoyait quotidiennement des malades, elle pensait partir relativement tranquillement, il n'en a rien été et la douleur l'a terrassée jusqu'à que ce que son cerveau coupe toutes les connexions sensorielles et la laisse dans un coma salvateur. Mais le pire restait pour sa fille qui a laissé sa vie de côté pendant cette année terrible et qui la veillait jour et nuit ne sachant qu'espérer. Inutile de raconter toutes les bonnes âmes qui, pour lui remonter le moral, lui disaient qu'elle avait tué sa mère en respectant sa volonté et qu'elle aurait du l'obliger à se soigner. Elle-même était partagée devant cette décision habituée en femme chilienne à se battre et surtout à se battre aux côtés de sa mère. Et de me poser la question : que ferais-tu toi ? Et d'user l'humour pour répondre : tu crois que ma mère me demanderait de ne pas la soigner ? Aucune chance. Mais au fond, vraiment que faire ?
Je pense sincèrement qu'il fallait respecter la volonté de cette femme, aucun traitement ne pouvait la sauver et, connaissant l'importance de la volonté dans les guérisons des cancers, il n'y avait aucune logique à imposer une chimiothérapie à une patiente plus que réticente. Les commentateurs les plus audacieux, qui au passage se gardaient bien d'offrir une aide quelconque, parlaient de suicide déguisé. J'admire sincèrement mon amie de n'en avoir frappé aucun. L'envie m'a démangée plus d'une fois. Surtout lors de veillée avec les persones perchées sur le cercueil expliquant qu'il nous était impossible de comprendre leur peine. Mouais. Nous avons passé ce terrible mois d'agonie entre les rires et les larmes, suspendues aux progressions de la maladie et soulagées d'entendre, enfin, qu'elle ne souffrait plus. Et le fait de ne jamais avoir vu cette femme autrement que comateuse et prostrée m'a donné la distance nécessaire pour débarquer faire une liste des choses indispensables et arracher mon amie au vide de l'appartement après la mise en terre. Avec son mari, nous la surveillons de très près pour qu'elle ne s'effondre pas désormais.
Rien à dire, Sophie, sauf que j'ai lu avec beaucoup d'émotion.
Rédigé par : Jean-Pierre | 16/08/2012 à 20:45
punaise oui c'etait sa volonte...comme laisser le suicide assiste a ceux qui le desirent....
elle n'a meme pas vecu la derniere annee avec sa mere sereinement..en tout cas courage a elle...a son mari et....a toi.....
Rédigé par : rachel | 16/08/2012 à 20:55
un billet difficile à lire en ce moment pour moi...
on ne peut juger personne, la volonté de la mère de ton amie prime avant tout..c'est tout ce qui lui restait..
la peine va s'atténuer doucement..
Rédigé par : catherine | 17/08/2012 à 03:10
terrible, terrible que la vie puisse être à ce prix. Courage et pensées vers vous.
Rédigé par : agnes | 17/08/2012 à 05:43
Mon dieu que les gens sont cruels ! J'imagine tout à fait que la mère de cette personne n'ait pas souhaité prendre de traitement, car ces derniers sont bien lourds, pour gagner, peut-être 6 mois de "vie" ?
Heureusement qu'elle vous a vous, parce que déjà voir sa mère malade ainsi et se prendre des critiques... Je n'ose imaginer l'état dans lequel elle se trouvait.
Prenez bien soin de vous, et d'elle.
Rédigé par : PurpleNessa | 17/08/2012 à 08:00
Ma mère a pris la même décision, sauf qu’elle n’en a parlé à aucun de ses trois enfants – après sa mort, ma sœur et moi, nous avons trouvé, en rangeant ses affaires, une lettre signée par plusieurs médecins dans laquelle ils protestent officiellement contre la volonté de notre mère ne pas se faire « soigner » pour le mélanome qu’elle avait attrapé – mais elle n’en avait pas envie, et elle ne nous a jamais rien dit – c’est le médecin à l’hôpital où elle est morte qui nous a révélé qu’elle était « ravagée de lésions ». Je trouve qu’elle a eu raison de ne rien dire – et l’expérience pénible de votre amie me le confirme.
Rédigé par : Édouard | 17/08/2012 à 08:50
L'essentiel est d'avoir respecté la volonté de cette personne. Vous avez épaulé votre amie pendant toute cette difficile année et vous continuez à le faire. Chapeau bas.....
Rédigé par : Marylène | 20/08/2012 à 00:51
Plus je vais dans la vie et plus je vomis les gens qui jugent de l'extérieur.
Merci pour ce témoignage.
Rédigé par : PMB | 23/08/2012 à 14:56
Quel "silence" ! J'espère que tout va bien pour vous et votre famille et que la cause en est une forme de sérénité ou de bien-être que vous n'avez plus envie dire ...
Rédigé par : Michelle | 08/10/2012 à 12:24
Nous luttons pour vivre dignement, alors luttons pour mourir dignement, sans idées préconçues.
Votre amie à fait preuve de beaucoup d'amour vis à vis de sa maman. J'ai fait de même avec maman.
Rédigé par : Osteolala | 10/10/2012 à 04:37