Ma grand-mère nous a enfin quittés. Enfin parce qu'elle le voulait et le demandait sur tous les tons. Le plus étrange de tout est qu'ayant perdu la mémoire c'était la seule chose dont elle se souvenait fermement, elle ne voulait plus vivre comme cela et a, enfin, obtenu gain de cause. J'ai eu longtemps à son encontre des sentiments plus qu'ambivalents. Elle m'a prise en grippe à vue et ne m'a jamais supportée. Je le lui rendais bien.Elle n'a eu qu'une fille et une petite-fille et j'étais clairement exclue de la portée. A ma majorité, j'avais jeté l'éponge décidée à ne plus la voir quand elle a fait une crise cardiaque très grave. Ma mère, à force de mensonges, a réussi à m'attirer à l'hôpital où ma grand-mère m'a accueillie en me disant qu'elle était contente de me voir. A ce moment, j'étais sincèrement convaincue qu'elle allait mourir dans la nuit mais elle a remonté la pente, changée.
Je reste persuadée que les gens ne changent pas mais évoluent mais je dois avouer que le cas de ma grand-mère est l'exception à la règle. Elle a changé du tout au tout et a passé les 15 dernières années de sa vie à tenter de renouer les fils. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un scénario de film nous ne sommes pas tombées dans les bras l'une de l'autre mais avec le temps nous avons réussi à parler et à nous respecter ce qui n'était pas gagné d'avance. Je ne sais pas ce qui a provoqué le déclic, nous n'en avons jamais parlé mais je pense que la peur de la mort avait été à l'époque un bon déclencheur. Peu importe car je suis déterminée à me souvenir de ces dernières années et à oublier dans le flou de mon enfance le reste. Et il me reste surtout un souvenir très important : ses larmes de joies à l'annonce de l'arrivée de Maxence. C'était tellement spontané que ça m'a laissé sans voix pendant plusieurs minutes. Enfin un petit homme au milieu de toutes ces bonnes femmes ! Par la suite, elle a toujours été un membre inconditionnel du fan club du petit démon défendant souvent l'indéfendable. Elle a comblé durant ces moments des années-lumière d'absence et je lui en suis reconnaissante. J'espère qu'elle a enfin trouvé la paix.
et bin cela ne donne des larmes aux yeux...oui les bons souvenirs....surtout qu'il y en a...
Rédigé par : rachel | 20/07/2012 à 13:17
Joli ce texte, Sophie, plein de discrète sensibilité et affection.
JP
Rédigé par : Jean-Pierre | 20/07/2012 à 13:47
Bel hommage -- et toujours beaucoup de réalisme de ta part :)
Rédigé par : A l'ouest | 20/07/2012 à 15:12
Très touchant <3
(et oui, je commente peu mais je lis tout ;))
Rédigé par : sasa | 23/07/2012 à 08:28
Très bel éloge. Respectueux et éclairé à la fois. On prétend que les parents (grands ou autres) doivent toujours aimer leur progéniture – mais de toute évidence (je connais des cas dans ma famille même) ce n'est pas toujours comme ça, pour des raisons qu'on ne saisit souvent pas – c'est tout simplement ainsi. Mais vous semblez avoir résolu le problème d'une façon ouverte et élégante – et bravo à Max de vous avoir aidé ;-)
Rédigé par : Édouard | 16/08/2012 à 10:49