Point de situation du 5 mars 2010
Une semaine après le tremblement de terre, voici un bilan de l’action de notre réseau d’entraide. La situation locale dans le secteur qui nous concerne, Concepcion, Thalcahuano, San Pedro, Chiguayante et Hualqui, s’améliore, mais demeure très cahotique.
!-Situation
A Santiago, les activités sont redevenues normales dès le lundi. L’aéroport international a été rouvert au public dès le jeudi. L’aide internationale a commencé à arriver dès le mardi soir. Mais les liaisons téléphoniques sont encore perturbées et nous connaissons quelques coupures de courant. La psychose du séisme perdure en raison des répliques continuelles dont deux plus fortes que les autres, jeudi matin, puis jeudi soir, de 6,3 degrés et 6,8 à l’échelle Richter. Le sentiment d’insécurité s’est particulièrement fait sentir mardi soir et mercredi, notamment dans la banlieue nord de la capitale, suivi d’un retour à la normale depuis. Dans notre commune, au sud de Santiago, la population est tranquille.
Le seul axe viable en direction du sud, la Ruta 5, permet une circulation davantage fluide, mais il convient de noter que tous les 12 kilomètres en moyenne, on rencontre des obstacles résultant de la catastrophe. Le rétablissement de la circulation a été obtenu par des réparations de fortune. L’infrastructure de tout le réseau traversant la zone sinistrée sera à refaire, notamment des grands ouvrages. Notre convoi, parti de Santiago, mercredi matin à 7 heures, est arrivé à Concepcion le soir même juste après le couvre feu fixé à 18 heures, grâce à son autorisation d’accès obtenue à Chillan. Soit onze heures de route pour effectuer 600 kilomètres.
Sur la zone, la situation s’améliore, mais demeure précaire. La population est terriblement traumatisée. Après la peur, quotidiennement réactivée par les répliques continuelles, la douleur provoquée par les pertes humaines et matérielles, le sentiment d’abandon initial, un profond mouvement de colère s’est exprimé accentué par une forte insécurité laquelle n’a été résorbée que dans la journée du mercredi par l’extension du contrôle militaire. Le couvre feu est maintenant instauré de 18 heures à midi. La distribution des vivres et de l’eau n’a pu se réaliser dans les secteurs que nous connaissons que dans la journée du mercredi. A Talcahuano centro, l’électricité a été partiellement rétablie, ainsi que les liaisons téléphoniques. San Pedro également. Mais tout demeure intermittent. En revanche, selon nos informations, rien ne fonctionne de façon sure à Chiguayante ni à Hualqui. Ces deux dernières communes n’ont ni eau ni électricité. Nous avons pu établir depuis hier soir le contact téléphonique avec Concepcion.
2-Notre action
Bien que limité par ses capacités, notre réseau d’entraide est maintenant étendu à trente familles chiliennes et entretient des relations avec la communauté française de Concepcion..
Mercredi est arrivé à Talcahuano notre premier convoi de deux camionnettes. Un premier site a été activé le soir même et a pu se connecter avec notre station fixe à Santiago. Des vivres et 250 litres d’eau ont été acheminés dès le jeudi aux quatre secteurs. Toutefois la quantité est limitée, entre quatre et cinq jours selon la taille de la famille.
Jeudi après midi, nous avons pu bénéficier, grâce à l’ambassade de France, (fruit de notre entretien du mardi matin), d’un espace dans l’AIRBUS venant de France. Nous avons pu envoyer quarante cinq kilos de denrées supplémentaires, dont une partie était adressée à deux nouvelles familles. Cet envoi est arrivé ce matin à Concepcion et devrait parvenir aux destinataires entre ce soir même et demain.
Ce vendredi matin est parti de Santiago un second convoi de deux véhicules avec des vivres et des équipements pour deux autres familles et des médicaments en réponse aux demandes des premiers sites visités. Il est arrivé à Concepcion ce soir même vers 21 heures.
Depuis jeudi après midi, nous avons établi le contact avec la représentante de la communauté française à Concepcion. Ceci permet des échanges d’informations et un soutien local éventuel, notamment médical, avec l’arrivée sur place d’un petit détachement du SAMU français.
3- Les problèmes observés.
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Nos personnels envoyés sur zone font état de deux problèmes majeurs : le traumatisme psychologique pour l’ensemble des secteurs et le risque de propagation épidémique.
Les familles avec lesquelles nous sommes en contact sont physiquement et psychologiquement épuisées. Traumatisées par la catastrophe et les répliques continuelles (plus de 200 depuis le début), elles vivent dans l’angoisse et le stress et ne peuvent trouver le repos. Le gros des demandes concerne maintenant les médicaments, spécifiques pour quelques-uns, sinon antidépresseurs pour la plupart.
Le danger épidémique est surtout sensible à Talcahuano. La mer ayant envahi tout la partie basse de la ville a déposé, après son reflux une énorme quantité de rejets provenant des égoûts. Les rats ont fait leur apparition. Toutes les matrices du secteur d’eau courante ayant été endommagées par le tremblement de terre, l’eau, lorsque le réseau sera rétabli, sera polluée.
Le problème des vivres va se résoudre peu à peu, en particulier à Concepcion, San Pedro et Thalcahuano, grâce aux distributions organisées par les forces armées et l’arrivée de l’aide. Mais, ce matin, encore ce n’était pas le cas des communes les plus éloignées comme Chiguayante et Hualqui. Les ravitaillements de ces sites seront encore nécessaires pour plusieurs jours.
Un autre problème est apparu à Concepcion et à Thalcahuano, celui du manque d’argent. Bien qu’aucun commerce ne soit ouvert, les petits achats, notamment l’essence, réalisés localement dans le secteur informel se font en liquide. Or le réseau bancaire local ne fonctionne plus et les ressources des familles s’amenuisent.
4- Nos besoins
Jusqu’à maintenant toute l’aide apportée à nos trente familles est le produit de nos propres ressources. Celles-ci sont elles aussi limitées. Le coût des déplacements vers la zone et l’achat des denrées ou des matériels ne nous permettra pas de faire deux autres liaisons comme nous l’aurions souhaité pour la semaine prochaine. Nous avons donc un besoin urgent d’aide financière. 4000 euros nous permettront l’organisation de trois sites comme je l’avais expliqué dans mon message précédent, ainsi que le ravitaillement des 30 familles pour une durée d’un mois.
Voici le compte-rendu de l'association française, ne me demandez pas l'autorisation diffusez SVP
Lancement d'une association
pour aider la vallée du Maule et ses habitants http://www.france-cauquenes.org/
La ville de Cauquenes, commune de 40 000 habitants, fait partie des cités les plus touchées par le séisme du 27 février dernier au Chili.
Située au sud de la région du Maule, elle est l'un des lieux réputés de la viticulture chilienne, ce qui a poussé de nombreux Français à venir y travailler voire à s'y installer, créant de multiples liens entre notre pays (du moins ses vignerons), cette ville et ses habitants.
Depuis 8 jours, de nombreux témoignages nous sont parvenus de Cauquenes nous alertant sur les conditions extraordinairement difficiles dans lesquelles peu à peu les habitants essayaient de renouer avec le cours de leur existence.
Dans toutes les grandes catastrophes naturelles, ce qu'il y a en effet de plus important pour les rescapés ce n'est pas forcément de faire face aux premières nécessités – surtout quand les institutions nationales sont réactives et les secours internationaux disponibles comme c'est le cas au Chili – mais bien de reprendre au plus vite une activité quotidienne pour ne pas s'enfoncer dans la misère et la dépression.
Or, hémisphère sud oblige, les habitants de cette zone dont l'économie repose grandement sur la vigne et le raisin, sont confrontés dès à présent à une urgence : celle des vendanges...
Pour que, malgré tout, ces vendanges se fassent et que l'économie locale puisse repartir dès la prochaine cuvée 2010, des familles françaises attachées à Cauquenes et à ses habitants ont décidé de se mobiliser.
Contacts :
Patrick Levard 0669105272 - plevard@france-cauquenes.org
Bertier Luyt 0673331912 - bertier@france-cauquenes.org
Rédigé par : Bertier | 08/03/2010 à 21:01
"Se acabo el mundo" c'est le sentiment de la rue à Cauquenes d'après notre ami Victor qui est sur place aujourd'hui avec Louis-Antoine et nos amis.
Le moral est un peu en berne, 8 jours après le tremblement de terre, la vie n'est pas facile au milieu des décombres. Aujourd'hui 1 corps de plus a été sorti des ruines d'une maison dans la rue où habitent Louis et Dorothée; ça fait 4 morts dans leur rue, 40 dans la ville. Les conditions de vie sont difficiles, la terre tremble toute les nuits, un épais nuage de poussière enveloppe la ville; le campement n'est pas très bien organisé, les troupes ont besoin de repos et de réconfort.
D'après les autorités que Louis-Antoine a rencontré aujourd'hui, 70 à 90 % de la ville devra être rasée, les besoins sont immenses:
- Administration : la mairie n'existe plus, le maire s'est installé dans le gymnase municipal, et le gouverneur de la province dans ce qu'il reste du commissariat.
- Population : d'après le coordinateur militaire à Cauquenes, le plus gros problème c'est la nourriture, il n'en a pas assez. pour les nôtres ça va, les provisions arrivent de Santiago; l'eau courante fonctionne 6 heures par jour.
- Education : les 8000 élèves de la ville n'ont plus d'écoles; privées ou publiques, tous les établissements sont par terre ou à raser. Un établissement pourrait accueillir quelques élèves mais en demi journée, il n'y a pas de quoi les accueillir dans les cantines, il n'y en a plus.
- Santé : il y avait un hôpital à Cauquenes, il n'y en a plus, il faudra au moins 4 ans avant qu'il s'en construise un nouveau. Un groupe de médecins Japonais est arrivé en ville. Ils leur manque des kits médicaux, des antiseptiques, des pansements, du matériel chirurgical, des lits, des médicaments.
- Coopérative viticole : le kg de raisin se négocie environ 200 pesos le kg, mais les prix devraient monter, car il n'y pas assez de raisin dans le Nord (la récolte est maigre); les producteurs que Louis a vu ont tout perdu, plus de maison, plus de cave, plus envie. Pour survivre la coopérative qui gère habituellement 25 000 T de raisins compte cette année sur 5 000 T maxi... pas de quoi faire vivre ses membres.
La plupart des églises sont rasées ou devront l'être.
Les villages de Cauquenes (la ville compte 30000 habitants sur les 40000 de l'agglomération) sont détruits à 90%. Les gens sont isolés et n'ont encore pas reçu d'aide; seule la côte a vu arriver les militaires, depuis Constitucion et Concepcion.
D'après un témoin, Concepcion la deuxième ville du Chili, c'est le Vietnam.
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Rédigé par : Bertier | 08/03/2010 à 21:03